7h00 ce matin quand mon réveil- téléphone portable- lecteur mp3- appareil a photo et bientôt grille pain fait retentir sa sonnerie, l’intro de Vodoo Child version Hendrix...très a propos pour un réveil soporifique à base d’antibiotiques et de popopopop…
Nevermind, j'ai un entretien à Casa ce matin, alors on ne perd pas une minute ! En deux temps trois mouvements me voilà dans mon costard brun offert par papa & maman, 100 grammes de gel sur la tête, rasé de près s’il vous plait…
Quelques péripéties ferroviaires et urbaines plus tard, me voici devant le siège d'une banque de la place, sorte de gros pavé en béton parcouru de lignes de verre dans lequel se brassent quelques centaines d’employé(e)s et plusieurs milliards de dirhams.
A la porte, l’équipe de sécurité me demande poliment ma carte nationale, et je leur répond non moins poliment que je l'ai oubliée a Rabat...après un nécessaire pack comportemental maïmkench/silence/hésitation de la part du portier, je fini par le convaincre de ma bonne foi en lui laissant ma carte de crédit comme gage de confiance. Les portes automatiques à résonance magnétiques s’ouvrent alors à moi....pas de doute! money is Power...
Vous avez tous vu Matrix j’imagine? Eh bien ici c’est un peu pareil : de longs couloirs avec des portes identiques numérotées et un silence froid comme un ordinateur. La seule différence c’est que les agents Smiths sont remplacés par des fouassas et que la couleur dominante n’est plus le vert informatique comme dans le film mais le jaune belgha (babouche).
Je pénètre dans une salle ou d’autres candidats planchent déjà sur ce qui me parait être de prime abord…un examen ??? Fausse alerte, il s’agit en fait d’un formulaire de renseignements TRES détaillés, qui vise au bout du compte à déterminer ton appartenance sociale, si tu es susceptible d’etre de confiance ou pas. L'attitude très scolaire de mes congénères d’une matinée me fait sourire, je sens un parfum de premier job dans la salle...cette fille en face de moi, complètement plaquée contre sa copie, les cheveux éparpilles sur la table, me rappelle violemment les contrôles des années lycées...
Une heure plus tard, nous sommes sept dans le couloir du bureau des ressources humaines…pas un bruit, pas un sourire, pas de relations humaines, chacun pour sa pomme, et comme disait Christophe Lambert, il ne peut en rester qu’un…on appelle mon nom…
Une petite dame très comme il faut, la cinquantaine, voix éraillée par la cigarette, qui donne ce côté femme de sang-froid, expérimentée à qui-on-ne-la-fait-pas. J’aime bien ! C’est un style de femme qui tend à disparaître de nos jours, pour laisser place à des technocrates stressés et stressants...En tout les cas, l'entretien se passe bien, je me vend comme j’ai appris a le faire a l’école Belmondo, jamais étonné, toujours souriant, le regard déterminé ! Visiblement ça marche puisqu'elle me fait savoir qu'il y aura sûrement un deuxième entretien et que l’on m’appellera bientôt…
Sur ce, je quitte la matrice fassie et je me fais avaler par le serpent de fer qui m emmène loin de Babylone…pour un temps…